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Elif Shafak – La batarde d'Istanbul (Epub). Partagée entre ses origines américaines et arméniennes, la jeune Amy gagne Istanbul en secret. Elle. Elif Shafak – La batarde d'Istanbul (Epub) Partagée entre ses origines américaines et arméniennes, la jeune Amy gagne Istanbul en secret. Télécharger: LA BÂTARDE D'ISTANBUL – Elif Shafak en PDF. Chez les Kazanci​, Turcs d'Istanbul, les femmes sont pimentées, hypocondriaques, aiment.

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Où étais-tu, jeune demoiselle? Qu il pleuve ou que le soleil brille n y changeait d ailleurs rien. Elle s efforça de sourire et répondit : Aujourd hui, il y avait des réductions intéressantes au bazar. Dans cet article, nous souhaitons démontrer l'approche orientaliste de l'auteur à travers l'analyse des thèmes abordés dans son roman. Une autre règle qu elle n aurait jamais dû oublier lui revint à la mémoire. Bah, c était sans importance.

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Elle dévisagea l assistante les yeux plissés, comme si la lumière avait subitement baissé. Une fois de plus, la triste réalité de sa jeunesse s imposa à elle. Comme beaucoup de femmes habituées à adopter les airs d un âge qu elles n avaient pas encore atteint, elle n aimait pas devoir se rappeler qu elle était bien plus jeune qu elle ne l eût souhaité. J ai dix-neuf ans, avoua-t-elle, se sentant soudain nue devant tous ces gens.

Dans ce cas, il nous faut le consentement de votre mari, reprit l assistante, son ton enjoué en moins, enchaînant sur une autre question dont elle devinait d avance la réponse : Puis-je vous demander si vous êtes mariée, mademoiselle?

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Sentant tous les regards peser sur sa personne, elle troqua sa grimace contre un sourire béat : la petite voix enfouie en elle venait de lui souffler de ne pas se soucier de leur opinion, elle ne changerait rien à l affaire. Elle n eut toutefois pas le courage de dire à voix haute ce que tout le monde avait parfaitement compris : il n y avait pas de père. Par chance, son statut de célibataire simplifiait grandement les formalités administratives.

Elle n avait plus besoin d autorisation écrite.

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Les lois se souciaient moins de sauver les bébés nés hors mariage que ceux des couples légitimes. Un bébé sans père n était qu un bâtard de plus, et un bâtard une dent descellée parmi tant d autres dans la mâchoire édentée d Istanbul. Votre lieu de naissance? Zeliha haussa les épaules. D où pouvait-elle venir? De quel autre coin de la planète? Bien sûr qu elle était d Istanbul. Ça ne se lisait donc pas sur son visage? Elle était stambouliote jusqu au bout des ongles.

Pour punir l assistante d avoir manqué de noter une telle évidence, elle pivota sur son unique talon et alla s asseoir à côté de la femme voilée sans attendre qu on l y eût invitée. Ce n est qu à cet instant qu elle remarqua le mari, figé, quasi paralysé par l embarras.

Il semblait avoir choisi de se vautrer dans sa gêne d être le seul homme sur ce territoire si résolument féminin, plutôt que de condamner Zeliha sans appel. L espace d une seconde, elle eut pitié de lui. Elle songea à lui proposer d aller fumer une cigarette sur le balcon, mais eut peur d être mal interprétée. Une femme célibataire n était pas censée proposer ce genre de chose à un homme marié, et un homme marié se devait de manifester de l hostilité à l égard des autres femmes en présence de son épouse.

Pourquoi était-il si difficile de lier amitié avec les hommes? Pourquoi fallait-il qu il en fût encore ainsi? Pourquoi ne pouvait-on pas fumer une cigarette sur un balcon, échanger quelques mots et se séparer en toute simplicité? Zeliha demeura immobile un long moment ; non parce qu elle était claquée même si elle l était , ni parce qu elle en avait assez d être le centre de l attention générale même si c était le cas , mais parce qu elle avait soif des bruits de la 14 ville qui arrivaient de la fenêtre ouverte.

Une voix rauque s éleva : Tangerines! Tangerines fraîches et parfumées! Vas-y, continue à crier, marmonna-t-elle. Elle n aimait pas le silence. En fait, elle le détestait. On pouvait la toiser dans la rue, au bazar, dans une salle d attente ou ailleurs, jour et nuit ; la dévisager bouche bée, les yeux écarquillés comme si elle venait d une autre planète : elle finissait toujours par trouver une parade. Ce contre quoi elle ne pouvait rien, c était le silence. Combien pour un kilo? La facilité avec laquelle les habitants de cette ville inventaient les noms les plus improbables aux professions les plus ordinaires l avait toujours amusée.

Il suffisait d adjoindre un -iste à presque chaque produit vendu sur le marché, et aussitôt le mot allait s ajouter à la liste infinie des professions urbaines. Zeliha n avait plus aucun doute ni aucune envie de partager sa certitude avec quiconque. Elle avait effectué le test dans une nouvelle clinique du quartier. Zeliha s était présentée à la réception dès le lendemain. Elle ignorait la corrélation entre les deux tests, qu elle avait subis tous les deux.

Son taux de sucre était normal et elle était enceinte. Vous pouvez entrer, mademoiselle! Le docteur vous attend.

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Zeliha attrapa sa boîte de verres à thé et son talon cassé et bondit sur ses pieds, consciente des regards qui enregistraient chacun de ses gestes. En temps normal, elle aurait traversé la salle aussi vite que possible, mais cette fois, elle se prit à marcher lentement, de manière presque provocante. Juste avant de sortir, elle se tourna vers le visage amer, au milieu de la pièce. Le médecin était un homme solidement campé sur ses jambes et de qui irradiait une force communicative. Son regard ne portait pas de jugement et aucune question malvenue ne lui brûlait la langue, contrairement à son assistante.

Tout en lui était avenant. Il lui fit signer une série de documents, puis une autre au cas où la procédure ne se déroulerait pas comme prévu. Devant tant de gentillesse, Zeliha sentit ses nerfs se relâcher et sa carapace se fissurer. Or, chaque fois que ses nerfs se relâchaient et que sa carapace se fissurait, elle devenait aussi fragile qu un verre à thé ; et quand elle devenait aussi fragile qu un verre à thé, les larmes n étaient jamais loin. Et s il était une chose qu elle détestait pardessus tout depuis l enfance, c était bien les pleureuses.

Elle s était fait la promesse de ne jamais devenir une de ces pleurnicheuses ambulantes qui fondaient en larmes et geignaient pour un rien, bien assez nombreuses dans son entourage. Et bon an mal an, elle s était jusqu à ce jour débrouillée pour respecter cette promesse.

Comme toujours dans ces moments, elle inspira profondément et releva le menton. Seulement, ce vendredi-là, quelque chose dérailla et elle expira un sanglot. Les femmes pleuraient toujours. Allons, allons, la consola-t-il, enfilant une paire de gants en latex. Tout va bien se passer, ne vous inquiétez pas. Ce n est qu une petite anesthésie. Vous allez dormir, rêver, et vous n aurez pas terminé votre rêve que je vous réveillerai. Vous pourrez rentrer chez vous aussitôt.

Vous ne vous souviendrez de rien. À présent, on pouvait lire à livre ouvert sur le visage de Zeliha. Ses joues s étaient creusées, mettant en valeur son trait le plus distinctif : son nez! Ce remarquable nez aquilin que, tout comme le reste de la fratrie, elle avait hérité de son père à la différence près que le sien était plus aigu et plus long. Le médecin lui tapota l épaule et lui tendit un mouchoir en papier, puis toute la boîte. Il en avait toujours sur son bureau. Les laboratoires pharmaceutiques les distribuaient gratuitement, ainsi que des stylos, des carnets et d autres articles estampillés de leur label.

Ces mouchoirs étaient destinés aux patientes émotives. De délicieuses figues bien mûres! Etait-ce le même vendeur ou un autre? Comment l appelaient ses clients? Ni les équipements ni les scalpels ne l effrayaient tant que cette blancheur immaculée.

Elle lui évoquait le silence. L absence de vie. Elle se laissa distraire par un point noir au plafond. Plus elle le fixait, plus il ressemblait à une araignée. Qui d abord lui parut immobile. Puis qui se mit à avancer. Et à grossir, grossir encore à mesure que se diffusait dans ses propres veines la drogue qu on lui injectait.

Tout à coup, Zeliha se sentit lourde au point d être incapable de remuer le doigt. Elle tenta de résister à l engourdissement, mais éclata à nouveau en sanglots. Vous êtes certaine que c est ce que vous voulez? Vous ne préférez pas y réfléchir encore un peu? Il n est pas trop tard pour reconsidérer votre décision.

Si, il était trop tard. Cela se ferait maintenant, il le fallait. Ce vendredi-là, ou jamais. Il n y a rien à reconsidérer. Je ne peux pas la mettre au monde.

Le médecin hocha la tête. Soudain, comme si elle attendait cette autorisation, la prière du vendredi s éleva d une mosquée des alentours. Quelques secondes s écoulèrent, et une deuxième voix se joignit à la première, puis une troisième, et une quatrième.

Zeliha grimaça : elle détestait les rugissements déshumanisés crachés par des enceintes. Les prières étaient faites pour être récitées d une voix pure, sans artifices. Bientôt, le bruit lui devint si insupportable qu elle soupçonna tous les micros des mosquées du voisinage d être défaillants.

Ou alors, ses oreilles étaient devenues extrêmement sensibles. Ça va s arrêter dans une minute, détendez-vous. Zeliha leva un regard interrogateur vers le médecin. Son aversion pour les prières électroniques étaitelle si visible? Bah, c était sans importance. De toutes les Kazanci, elle était la seule à se montrer ouvertement irréligieuse. Enfant, elle considérait un peu Allah comme sa meilleure amie ; une idée amusante quand on observait que sa deuxième meilleure amie était une pipelette couverte de taches de rousseur qui fumait depuis l âge de huit ans.

C était la fille de leur femme de ménage, une Kurde rondelette qui ne se donnait pas toujours la peine de raser sa moustache. À cette époque, elle venait trois fois par semaine, invariablement accompagnée de sa fille.

Zeliha et la fillette avaient lié amitié. Après ça, elles avaient porté un bandage au doigt pendant huit jours. C était un péché. Elle savait qu on ne devait pas personnifier Allah, qu il n avait ni doigts ni sang, qu il fallait se retenir de Lui attribuer des qualités humaines.

Mais comment résister quand ses non, Ses quatre-vingt-dix-neuf noms évoquaient des qualités que l on accorde généralement aux êtres humains? Celui qui peut tout voir mais n a pas d yeux ; Celui qui peut tout entendre mais n a pas d oreilles ; Celui qui peut tout toucher mais n a pas de mains La petite Zeliha en avait déduit qu Allah nous ressemblait, mais que nous ne pouvions pas Lui ressembler. Ou l inverse? Quoi qu il en soit, il fallait apprendre à penser à lui ou à Lui sans se Le représenter comme Lui.

Son amitié n avait pas fait long feu, après ça.

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La konak était si grande, et leur mère si têtue et grognon, que la femme de ménage avait fini par démissionner. Le plus simple fut d en vouloir à Allah. S étant sentie infidèle à un âge si tendre, elle n avait eu aucune peine à le demeurer une fois adulte.

Un autre appel s éleva d une cinquième mosquée. Les prières se multiplièrent, dessinant des cercles phoniques autour d eux. Elles avaient toutes une recette qu elles réalisaient à la perfection, si bien que, selon la cuisinière du jour, Zeliha pouvait espérer tel plat plutôt que tel autre. Elle mourait d envie de manger des poivrons verts farcis désir particulièrement confus dans la mesure où personne ne les préparait de la même manière.

Des poivrons verts farcis Sa respiration s apaisa et l araignée se mit à descendre. Les yeux au plafond, Zeliha eut l impression d être séparée des autres personnes présentes dans la pièce.

Dans un espace à elle. Puis elle entra dans le royaume de Morphée. La lumière était trop brillante, presque aveuglante. Lentement, d un pas prudent, elle emprunta un pont où pullulaient voitures, piétons et pêcheurs immobiles tenant des cannes au bout desquelles se tortillaient des vers. Elle suivit le flot, surprise de ne poser les pieds que sur des pavés descellés et n entrevoyant que du vide en dessous.

Elle leva alors les yeux pour découvrir avec horreur qu au-dessus, c était exactement comme en dessous, et qu il pleuvait des pavés. Chaque fois qu un pavé tombait du ciel bleu, un autre se détachait de la chaussée sous son pied. Et derrière, la même chose : le VIDE. Le précipice s élargissait.

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Elle se mit à paniquer à l idée d être bientôt avalée par les abysses affamés. Elle ne chercha pas à comprendre comment elle était arrivée là. Elle ne ressentait ni douleur, ni tristesse, ni rien d autre. L indifférence avait fini par l emporter, se dit-elle. En avortant sur la table immaculée de la pièce blanche, elle avait à la fois fait disparaître son bébé et ses sensations propres. Peut-être qu une doublure argentée brillait quelque part dans le ciel.

Peut-être qu à présent elle pourrait aller pêcher, rester debout pendant des heures sans se sentir frustrée ou laissée pour compte, peut-être qu elle n aurait plus le sentiment que la vie est un lièvre trop rapide pour qu elle puisse l attraper.

Ah, vous voilà enfin de retour! L assistante médicale se tenait dans l encadrement de la porte, les poings sur les hanches. Bonté divine! Quelle peur vous nous avez faite! Avez-vous seulement une idée des cris que vous avez poussés? C était affreux! Zeliha ne cilla pas. Les passants ont dû penser qu on vous torturait Je suis étonnée que la police n ait pas frappé à la porte! On est à Istanbul, pas dans un film américain, songea Zeliha, s autorisant un clignement d yeux.

Elle ignorait en quoi elle avait dérangé l assistante, mais ne voyant pas l intérêt de l ennuyer davantage, elle lui offrit la première excuse qui lui passa par la tête : J ai dû crier parce que j avais mal Impossible le docteur ne vous a pas opérée.

Il ne vous a même pas touchée! Vous voulez dire que vous n avez pas balbutia-t-elle, plus troublée d avoir à poser la question qu intéressée par la réponse. Non, nous n avons pas L assistante médicale soupira en se massant le front, comme pour se débarrasser d une migraine.

Le docteur n a rien pu faire, vous hurliez à pleins poumons. Vous ne vous êtes pas endormie, jeune demoiselle. Vous avez commencé par délirer, puis vous vous êtes mise à hurler et à jurer. C est la première fois que je vois ça en quinze ans de métier. Vous avez mis deux fois plus de temps que la moyenne à réagir à la morphine.

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Zeliha soupçonna quelque exagération dans ces propos, mais renonça à discuter. Ces deux dernières heures, elle avait eu tout le temps de comprendre qu entre ces murs, on était censé se taire à moins d être interrogé.

Si elle souhaite toujours avorter, il sera encore temps. Et pour dormir, vous avez dormi! Vous voulez dire que je n ai pas Elle n arriva pas à articuler le mot qu elle avait un peu plus tôt prononcé si hardiment devant des étrangers.

Elle posa la main sur son ventre et quémanda la compassion de la dernière personne au monde à pouvoir lui en offrir. Alors elle est toujours là Ce n est peut-être pas une fille. Qu est-ce que vous en savez?

Tout simplement elle savait. Dehors, l obscurité commençait à recouvrir les rues, mais on avait l impression que le jour venait de se lever. Il ne pleuvait plus et la vie paraissait magnifique, presque docile.

En dépit des embouteillages, l odeur fraîche de l après-orage conférait à la ville une aura sacrée. Ici et là, des enfants piétinaient les flaques de boue, se délectant de ce petit péché. Car s il y avait jamais eu de bons moments pour pécher, celui-là en était un. C était un de ces rares moments où Allah semblait veiller sur chacun et où chacun se sentait proche de Lui.

Au cours d un instant fugace, Istanbul était devenue une métropole bienheureuse, d un romantisme pittoresque, comme Paris, songea Zeliha, qui n y était pourtant jamais allée.

Une mouette lui cria un message codé qu elle se sentit sur le point de décrypter. Et là, pendant quelques secondes, elle eut l impression d être à la frontière d un nouveau commencement. Pourquoi Tu ne m as pas laissée faire, Allah? Toute petite sous l immense arc-en-ciel, elle rentra chez elle en boitillant, serrant contre elle sa boîte de verres à thé et son talon cassé, un peu moins découragée qu elle ne l avait été ces dernières semaines. C est vers huit heures du soir, ce vendredi-là, que Zeliha pénétra dans la grande konak ottomane légèrement décrépite et entourée d immeubles d habitation modernes cinq fois plus hauts.

Elle monta l escalier en courbe d un pas lourd et trouva les Kazanci réunies autour de la grande table de la salle à manger. Visiblement, personne n avait cru bon de l attendre pour dîner. Salut, étrangère! Viens donc partager notre souper, s exclama Banu, penchée sur une aile de poulet rôti bien croustillante.

Le prophète Mohammed nous encourage à partager nos repas avec les étrangers. Son visage luisait, comme si elle l avait tartiné de graisse de poulet, et ses petits yeux noisette aussi. À l en croire, Banu était victime de son système digestif mystérieux qui stockait tout ce qu elle ingérait et transformait en graisse l eau qu elle buvait.

On ne pouvait donc ni la tenir pour responsable de son poids, ni l encourager à se mettre au régime. Devine ce qu il y a au menu, ce soir? Des poivrons verts farcis! C est mon jour de chance! La vue des plats familiers la ravit. En plus de l énorme poulet, il y avait de la soupe de yaourt, des karniyarik 2 du pilak 3 , les kadin budu köfte 4 de la veille, du turflu 5 , des çörek 6 fraîches, un bocal d ayran 7 , et, oui, des poivrons verts farcis. Zeliha tira immédiatement une chaise, sa faim l emportant sur son manque d enthousiasme à l idée d assister au dîner familial un soir comme celui-ci.

Où étais-tu, jeune demoiselle? Les épaules raides, le menton relevé, elle sonda le visage de sa benjamine, comme pour lire dans ses pensées. La mère et la fille s affrontèrent du regard, la mine sévère, redoutant le conflit mais prêtes à y faire face.

Ce fut Zeliha qui céda la première : laisser sortir sa colère devant Gülsüm eût été une erreur. Elle s efforça de sourire et répondit : Aujourd hui, il y avait des réductions intéressantes au bazar. J ai acheté un service à thé. Il est 19 sublime! Avec des étoiles dorées sur les verres et les petites cuillères assorties. Ils sont si fragiles, hélas, murmura Cevriye, la cadette, professeur d histoire nationale turque dans un lycée privé. Elle ne se nourrissait que de plats sains et équilibrés et arborait un chignon bas impeccable dont aucune mèche ne dépassait.

Tu es allée au bazar et tu ne m as pas rapporté de bâtons de cannelle?! Je t ai prévenue ce matin que nous allions faire un gâteau de riz et qu il ne restait plus de cannelle pour en saupoudrer dessus, bougonna Banu entre deux bouchées de pain. L aînée des Kazanci avait également une théorie sur le pain, qu elle adorait leur exposer et mettre en application à la moindre occasion.

Selon elle, si l on ne fournissait pas une certaine quantité de pain à l estomac à chaque repas, il ignorait qu il était plein et continuait à réclamer de la nourriture. Consommer des portions décentes de pain avec chaque aliment lui permettait de comprendre qu il était saturé. De sorte que Banu mangeait toujours du pain avec ses pommes de terre, son riz, ses pâtes, ses börek 8 , et, lorsqu elle voulait transmettre un message plus clair à son estomac, avec son pain.

Un dîner sans pain constituait un grave péché qu Allah pouvait peut-être pardonner, mais Banu certainement pas. Zeliha se mordit les lèvres en se remémorant le destin des bâtons de cannelle et déposa un poivron farci dans son assiette. Elle arrivait toujours à deviner qui les avait préparés. Ceux de Banu regorgeaient de toutes sortes d ingrédients jugés par elle indispensables, telles les cacahuètes, les noix de cajou ou les amandes.

Les liens indirects entre les deux familles se nouent et se tendent à travers le fil conducteur d Armanoush qui décide de venir à Istanbul pour connaître la famille turque de son beau-père à l insu de tous. Asya et Armanoush qui sont du même âge vont peu à peu partager leurs différences culturelles et un lien d amitié se créera.

Le lourd poids des secrets des deux familles se révéleront grâce à la jeunesse qui n a pas de passé mais un futur à construire. Au centre il y a Istanbul avec toutes ses contradictions, entre l Est et l Ouest, les personnages du Café Kundera, nous relatent leurs dilemmes, coincés entre le passé et le futur.

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Très beau roman qui se lit avec plaisir, à ne surtout pas manquer. Dévorée par une rancune contre les turcs, pour ce "génocide" qui n'a pas été reconnu. De ces plaies nait Armanoush. De l'autre, une famille turc, essentiellement féminine, puisqu'une malédiction tue les hommes prématurément chez les Kazanci.

Dans le silence nait Asya.

Elif Shafak – La batarde d’Istanbul

Entre les deux jeunes filles, une amitié se forme, une amitié qui va faire resurgir bien des secrets. J'ai eu une tendresse particulière pour une petite histoire en parallèle, celle de ce café Kundera, et des quelques personnages haut en couleurs qui y vivotent. L'atmosphère y est trouble, il y flotte cette insoutenable légèreté Portraits de femmes, de femmes libres, excentriques, féminisme subtile, jamais agressif.

Un bon livre. Asya a toujours vécu à Istanbul, entourée de sa mère et de ses tantes, dans une famille où les hommes meurent étonnamment jeunes. Asya et Armanoush ont dix-neuf ans. Lire la suite En lire moins cigogne Posté le 14 Février J'ai lu ce roman afin de me plonger tout doucement dans l'ambiance d'Istanbul que j'ai la chance d'aller découvrir le mois prochain. Je n'ai pas été déçue et surtout je sens que je vais me régaler car la cuisine dans cette histoire y tient une place importante aussi.

En effet les différents membres des deux familles qui se croisent dans ce roman sont très attachés à la culture culinaire : C'est un roman où le poids de l'Histoire est très présent. L'auteur a encourue 3 ans de prison pour "insulte à l'identité nationale" heureusement elle a été acquittée. Enfin c'est un roman de femmes, une saga familiale très attachante et passionnante. Ne vous arrive-t-il pas parfois de lire un livre d'avoir envie de découvrir cette ville où toute l'histoire se déroule?

Elif me donne envie de découvrir Istanbul, de goûter tous ses mets délices magistralement décrits, de flâner dans ses rues de visiter chaque recoin cité! Alors, c'est un livre où les femmes sont omniprésentes, modernes ou conservatrices, elles sont forte de caractère, et savent parfaitement ce qu'elles veulent, ça foisonne de nanas plus pittoresques les unes que les autres.

Les hommes sont tous morts ou aux abonnés absents! On y découvre surtout le tiraillement entre la civilisation orientale occidentale. Elif nous plonge dans la vie de chacune, qu'elles soient turques, arméniennes ou encore américaines, le destin rattrape, croise et confronte les unes aux autres!

C'est l'histoire du génocide arménien en grande partie, mais aussi l'histoire secrète de la naissance d'Asya. J'ai mis quand même un peu plus de quatre mois à le finir, j'ai vraiment eu du mal avec les prénoms, les femmes sont nombreuses, des noms imprononçables, incompréhensibles, je revenais systématiquement en arrière pour savoir à nouveau qui est qui..